Photographier un numéro de danse : prévoir l’imprévisible sur scène

Photographier une troupe de danse pendant son numéro, c’est vraiment un beau défi.

Ce qui est difficile, souvent, c’est qu’on n’était pas là pendant les pratiques. On ne connaît pas la chorégraphie d’avance, on ne sait pas exactement ce qui va se passer, qui va se déplacer, qui va sauter, qui va être à l’avant, qui va être caché derrière, ou à quel moment il va y avoir un élément important dans le numéro.

Il faut donc photographier en étant toujours un peu en mode anticipation.

On essaie de prévoir les mouvements, de choisir un bon angle, de comprendre rapidement la chorégraphie, mais en même temps, il faut accepter qu’on ne contrôlera pas tout. C’est pour ça que, dans ce genre de situation, je préfère souvent photographier un peu plus large pour être certain de capturer l’essentiel du mouvement.

Parce qu’en danse, il y a des détails qui comptent beaucoup : le bout des pieds, les mains, la tête complète, la posture, l’élan du corps, l’expression du visage. Si on cadre trop serré et qu’on coupe un pied ou une main dans un saut, la photo perd une grande partie de sa force.

Chaque style de danse a ses propres défis

Dépendamment du style de danse, on ne cherche pas toujours les mêmes choses.

En ballet, par exemple, les mouvements sont souvent plus lents et plus élégants. Mais la difficulté, c’est que presque toutes les pauses peuvent être magnifiques. Il y a beaucoup de grâce, beaucoup de lignes, beaucoup de positions qui méritent d’être captées.

Les sauts sont évidemment très intéressants à photographier, surtout lorsqu’on arrive à avoir les pieds bien pointés, les bras bien placés et une belle expression. Les portés aussi sont des moments importants. Il faut être prêt, parce que ces moments-là ne durent souvent qu’une fraction de seconde.

En ballet jazz ou en danse contemporaine, on retrouve aussi beaucoup de belles lignes, de mouvements expressifs et de positions très fortes visuellement. Il faut regarder l’ensemble du corps, mais aussi l’émotion qui passe dans le mouvement.

Le hip-hop, de son côté, m’a vraiment surpris avec les années.

Au départ, ce n’était pas nécessairement le style de danse que je connaissais le mieux. Il y a beaucoup d’attitude, des vêtements plus amples, un côté très théâtral parfois. Mais après avoir photographié mes premiers numéros de hip-hop, j’ai vite compris à quel point c’est intéressant en photo.

Il y a souvent des mouvements très forts, des sauts, des roulades, des positions au sol, des expressions très marquées. Et parfois, c’est même la position du vêtement pendant le mouvement qui rend la photo vraiment intéressante. C’est un style qui demande de prendre plusieurs images rapidement, parce que le meilleur moment peut passer très vite.

La répétition générale : le meilleur moment pour photographier

Dans mon cas, j’ai la chance de photographier l’École de Danse de Boucherville depuis plusieurs années. Ce qui est vraiment le fun, c’est qu’ils m’invitent pendant les pratiques générales sur la scène où aura lieu le spectacle.

Les danseurs ont déjà leurs costumes, leurs coiffures, leur maquillage et leurs accessoires. On est donc très près de l’ambiance du spectacle final, mais avec un contexte un peu plus calme.

C’est souvent le meilleur moment pour prendre les photos du numéro.

Au départ, les professeurs regardent les espacements et les positions que les danseurs vont occuper sur scène. La salle de cours est plus petite, alors lorsqu’ils arrivent sur une vraie scène, ils doivent parfois ajuster leurs déplacements. Pour moi, c’est déjà un moment intéressant à observer.

C’est là qu’on commence à comprendre comment le numéro va vivre dans l’espace.

Il y a aussi de très beaux moments plus naturels. Les danseurs apprivoisent leurs costumes, font de petits ajustements, replacent un accessoire, rient entre eux, se concentrent avant de recommencer. Parfois, une main posée sur une épaule, un petit fou rire ou un regard concentré devient une photo très touchante.

Ce ne sont pas toujours les grandes poses qui font les plus beaux souvenirs.

La première fois, j’apprends le numéro

Généralement, pendant une pratique générale, le numéro est fait deux fois.

La première fois, je photographie beaucoup.

C’est le moment où j’apprends le numéro. Je regarde où les danseurs se placent, quels sont les déplacements importants, où se trouvent les portés, les sauts ou les éléments surprises. Même pendant les espacements, je garde les oreilles ouvertes, parce que c’est souvent là qu’on entend les indications importantes des professeurs.

Un porté à tel moment.
Un saut à la fin.
Une formation qui change rapidement.
Un danseur qui doit passer à l’avant.

Tous ces petits indices aident énormément à mieux photographier le numéro ensuite.

Pendant cette première passe, j’essaie aussi de photographier tout le monde. Pas seulement les danseurs à l’avant-scène. Même si les chorégraphies sont souvent bien faites pour donner une chance à chacun d’être en avant à un moment ou un autre, je fais quand même attention aux danseurs qui sont au milieu ou à l’arrière de la scène.

Parfois, les personnes à l’avant créent même un très bel avant-plan, avec un bras, une jambe ou un mouvement qui encadre les danseurs derrière. Ça donne des photos plus riches, avec de la profondeur.

Mon objectif, c’est d’être le plus équitable possible et de donner à chaque danseur une chance d’avoir de belles photos.

Plusieurs points de vue, c’est précieux

J’aime beaucoup avoir plusieurs angles pendant ce type de séance.

Dans mon cas, j’ai aussi la chance que ma fille Liliane m’accompagne parfois. Elle devient de plus en plus bonne en photo, parce qu’elle vient souvent avec moi sur différents photoshoots. Mon épouse vient aussi parfois comme troisième photographe pour couvrir une vue plus large de la scène.

Avoir trois points de vue différents, c’est vraiment précieux.

Un photographe peut être plus serré sur les expressions et les mouvements individuels. Un autre peut couvrir un angle plus large. Un autre peut capter l’ensemble de la scène. Pour un numéro de danse, ça donne beaucoup plus de variété dans la galerie finale.

Par contre, ça amène aussi un défi technique : la synchronisation des caméras.

Même avec des caméras de la même marque, il peut y avoir un décalage dans l’heure. L’application Canon Camera Connect permet de synchroniser l’heure des appareils, mais dans la pratique, il peut quand même y avoir des différences. Et lorsqu’on photographie le même spectacle avec plusieurs caméras, une minute de décalage, c’est énorme.

C’est pour cette raison que, dans mon application Souvenirs Studio pour les photographes, j’ai ajouté un outil qui affiche l’heure, la date et le lieu de façon très précise. Avant un shoot, les photographes peuvent prendre la même photo de référence sur un iPhone, puis ensuite ajuster les heures des caméras dans leur logiciel de traitement.

Ça permet de remettre toutes les photos dans le bon ordre, même lorsqu’elles viennent de plusieurs appareils.

Choisir les meilleures photos : une étape difficile

Après la séance, le choix des photos est probablement une des étapes les plus difficiles.

Avec les caméras modernes, la mise au point est tellement performante que beaucoup de photos sont techniquement bonnes. Le problème, c’est qu’elles peuvent presque toutes être belles.

Il faut donc choisir autrement.

Je regarde la posture, l’expression, le mouvement, mais aussi l’ensemble de la scène. Est-ce que la personne est mise en valeur ? Est-ce que les bras sont bien placés ? Est-ce que les autres danseurs autour renforcent la photo ou la rendent plus confuse ? Est-ce que le mouvement raconte quelque chose ?

Pour un gros groupe, ça peut rapidement représenter énormément de photos.

J’essaie généralement de me limiter à environ cinq photos par danseur, mais ce n’est pas toujours facile. Il faut trouver un équilibre entre livrer une belle variété et ne pas noyer les familles dans trop d’images semblables.

Penser aussi aux photos vues sur téléphone

Un détail auquel je fais attention de plus en plus, c’est que les photos ne seront pas toutes regardées sur un grand écran.

Très souvent, les familles regardent les galeries sur leur iPhone.

Alors oui, j’aime livrer des photos larges qui montrent la scène, les formations et les groupes. Mais je veux aussi m’assurer d’avoir des images qui fonctionnent bien sur un petit écran : des photos plus rapprochées, des expressions claires, un mouvement facile à comprendre rapidement.

Une bonne photo de spectacle doit être belle sur un grand écran, mais elle doit aussi avoir de l’impact sur un téléphone.

La photo de groupe : un souvenir essentiel

Après les numéros, je prends aussi les photos de groupe.

Souvent, pour une troupe ou une classe de danse, la position finale du numéro devient naturellement une excellente pose de groupe. Les danseurs la connaissent déjà, elle est bien équilibrée, et elle représente vraiment leur numéro.

Pour les photos de groupe, il faut faire attention à plusieurs détails : les visages, les yeux fermés, les positions, les mains, les costumes, les accessoires, et même les lunettes qui peuvent refléter la lumière de scène.

Je prends toujours plusieurs photos, parce qu’il faut parfois combiner deux ou trois images pour avoir le meilleur visage de tout le monde.

C’est un peu plus de travail en édition, mais pour une photo de groupe, ça vaut vraiment la peine.

Un vrai privilège à chaque année

À chaque année, c’est un vrai honneur pour moi de photographier ces danseurs et danseuses qui ont travaillé pendant des mois pour préparer leur numéro.

Je suis toujours impressionné par la qualité des costumes, les coiffures, le maquillage, l’éclairage, la musique, la concentration des danseurs, leur sourire et leur attitude sur scène.

On sent tout le travail derrière chaque numéro.

Pour moi, ce n’est pas seulement une séance photo. C’est une façon de conserver une trace d’un moment important dans leur année. Les parents, les familles, les amis et les danseurs pourront garder ces images longtemps.

Et c’est probablement ce que j’aime le plus dans ce type de photographie : savoir que ces photos deviendront des souvenirs.